Un phénomène fréquent, et souvent passager
Beaucoup de personnes le remarquent pendant les traitements, et sont surprises de le voir durer encore un peu après : le goût n'est plus le même. Certains aliments paraissent fades, d'autres trop salés, d'autres encore laissent en bouche une sensation métallique ou amère. L'odorat, qui joue un rôle énorme dans ce que l'on appelle « le goût », peut lui aussi être plus sensible, au point qu'une odeur de friture suffit à faire fuir.
Ces modifications s'atténuent le plus souvent avec le temps, à mesure que les cellules de la bouche se renouvellent. En attendant, on peut ruser. Et si elles persistent, ou si la bouche est sèche, douloureuse ou irritée, il faut en parler à l'équipe soignante : l'Institut national du cancer consacre d'ailleurs une page aux problèmes de bouche et aux solutions qui existent.
Quand tout paraît fade
C'est la situation la plus courante. Le réflexe serait de saler davantage, mais il existe d'autres leviers, souvent plus agréables :
- Les herbes fraîches : ciboulette, coriandre, basilic, menthe, persil plat, ajoutées au dernier moment.
- Les agrumes : un zeste de citron sur des légumes vapeur, un filet d'orange dans une vinaigrette.
- Les épices douces : cumin, paprika, curcuma, cannelle, gingembre, à doser selon la tolérance de la bouche.
- Les condiments : moutarde, câpres, cornichons, pickles d'oignon rouge.
- Le croustillant : graines torréfiées, chapelure dorée, quelques noisettes concassées. La texture réveille aussi l'envie.
Une astuce qui revient souvent : varier les saveurs au sein d'un même repas. Une bouchée acidulée, une bouchée douce, une bouchée croquante. Les papilles se lassent moins vite.
Quand la viande a un goût de métal
L'impression métallique touche particulièrement la viande rouge. Rien n'oblige à s'acharner. Les protéines se trouvent aussi dans les œufs, le poisson, la volaille, les produits laitiers, le tofu, les lentilles ou les pois chiches. Si l'on tient à la viande, la faire mariner quelques heures (jus de citron, yaourt, sauce soja, miel, herbes) change souvent beaucoup la perception.
Utiliser des couverts en bois, en bambou ou en plastique dur plutôt qu'en métal peut aussi atténuer cette sensation chez certaines personnes. Cela ne coûte rien d'essayer. Se rincer la bouche avant de manger, avec de l'eau ou une eau légèrement bicarbonatée si l'équipe soignante l'a conseillée, aide également à « remettre à zéro » le palais.
Quand les odeurs coupent l'appétit
Si les odeurs de cuisson deviennent difficiles à supporter, quelques changements suffisent parfois :
- Privilégier les plats froids ou tièdes, qui sentent moins fort : salades composées, taboulés, terrines de légumes, plats de la veille.
- Aérer pendant la cuisson, fermer la porte de la cuisine, ou laisser quelqu'un d'autre cuisiner.
- Éviter les cuissons qui embaument (friture, chou, poisson poêlé) et préférer la vapeur ou le four en papillote.
- Manger dans une autre pièce que celle où l'on a cuisiné.
Quand le sucré écœure, ou au contraire attire
Certaines personnes ne supportent plus le sucré, d'autres n'ont plus envie que de ça. Dans le premier cas, on peut se tourner vers des desserts peu sucrés : fromage blanc avec des fruits, compote sans sucre ajouté, fruits frais coupés et bien frais. Dans le second, inutile de se l'interdire totalement : mieux vaut un dessert pris au calme en fin de repas qu'un grignotage frustré dans l'après-midi. L'équilibre se construit sur la semaine, pas sur une seule assiette, comme on le détaille dans notre dossier sur les repas d'après.
Le carnet du goût
Puisque tout change, un petit carnet peut vraiment aider. On y note ce qui est bien passé, ce qui a déplu, à quel moment de la journée l'appétit était là. Au bout de deux ou trois semaines, des tendances apparaissent : le matin est souvent le meilleur moment, les plats froids passent mieux, tel aliment est redevenu agréable. C'est aussi un support utile pour la consultation avec la diététicienne. L'idée rejoint celle des petites habitudes qui aident à se repérer pendant ces mois de transition.
Quelques idées de petits plats faciles
Pour donner des pistes concrètes, voici quelques associations qui reviennent souvent dans les témoignages, parce qu'elles sont simples, fraîches et riches en saveurs :
- Un taboulé de boulgour avec beaucoup de menthe, de persil, de citron et quelques pois chiches.
- Des œufs brouillés à la ciboulette, servis tièdes sur une tartine de pain grillé.
- Un velouté de carottes au cumin et au lait de coco, à boire dans un mug.
- Un poisson blanc en papillote avec rondelles de citron et aneth, accompagné de riz.
- Un fromage blanc avec des fruits rouges et quelques amandes effilées.
Ces idées ne sont pas des prescriptions : chacun adapte selon ses goûts du moment et les consignes reçues.
Patience avec ses papilles
Les papilles ont beaucoup encaissé. Elles ont besoin d'un peu de temps, et de beaucoup d'indulgence. Les essais ratés font partie du chemin. Et le jour où une saveur oubliée revient, un café du matin qui a de nouveau le goût du café, ce petit plaisir mérite d'être savouré.